| Interview de Christophe Lemaire. |
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| Écrit par Jean-François Pré |
| Samedi, 12 Septembre 2009 10:32 |
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La nouvelle a défrayé la chronique estivale : la célèbre casaque verte à épaulettes rouges du Prince Aga Khan va changer d’épaules en 2010. Christophe Soumillon a été « remercié » pour des motifs qui n’ont rien à voir avec son bilan sportif (on se demande s’il travaillait pour une écurie de course ou pour une ambassade…) et Christophe Lemaire a été engagé pour des raisons qui, elles, sont en rapport direct avec son extraordinaire palmarès. Les deux hommes n’ont que deux points communs : le prénom et le talent. Pour le reste, autant le sortant a du mal à tenir sa langue, autant l’arrivant maîtrise la sienne avec la même aisance que la fougue de ses montures. Il a tout à fait le profil d’un collaborateur de l’Aga Khan et sur un plan plus technique, le fait qu’il soit l’homme des grands rendez-vous internationaux ne peut que plaire à son nouveau patron qui a fait du patrimoine génétique de son élevage familial la priorité des priorités. Leur collaboration est donc appelée à durer. De fait, si la nouvelle de la rupture avec Soumillon fut un des grands « scoops » de l’été, l’auteur de ses lignes avait eu connaissance de rumeurs en faisant état, dès l’hiver dernier. Soumillon devait céder sa place et Lemaire était pressenti pour lui succéder. C’est donc la première question que nous avons posée à l’intéressé : info ou intox ? Christophe Lemaire : Effectivement, je ne puis vous cacher que j’avais entendu des bruits allant dans ce sens, mais je ne m’arrête jamais à de simples rumeurs. Jusqu’au moment où j’ai été contacté, je n’y ai pas prêté attention. C’est néanmoins avec un grand bonheur que j’ai appris la nouvelle ! Jean-François Pré : Niarchos, Rouget et maintenant l’Aga Khan. Toutes les plus grandes écuries se penchent sur votre berceau…. On dit que l’abondance de biens ne nuit pas mais, en l’occurrence, on peut se demander si c’est le cas. Comment allez-vous gérer tout cela, Christophe ? CL : Tout le monde comprendra aisément qu’une telle proposition est une chance qu’un jockey ne peut laisser passer. Ce n’est peut-être pas l’aboutissement d’une carrière mais on arrive au top niveau, on arrive à ce qui se fait de mieux en matière de contrats. JFP : Donc, ça ne se refuse pas ! CL : Exactement. Ça ne se refuse pas et je suis très content que l’on ait pu trouver un accord qui satisfasse tout le monde. JFP : Comment a réagi Jean-Claude Rouget ? CL : Jean-Claude Rouget est très content pour moi. Il sait très bien que cette occasion s’est présentée grâce à lui, grâce à l’année que nous avons réalisée ensemble (Prix du Jockey-club, de Diane, etc.) et qu’il est pour beaucoup dans le choix du Prince. JFP : On peut dire, Christophe, que vous êtes le jockey des grandes occasions, l’homme de la qualité plus que de la quantité : aucune cravache d’or mais un palmarès impressionnant ! CL : Vous savez, Gérald Mossé n’a jamais été cravache d’or, lui non plus, mais c’est probablement un des meilleurs pilotes du peloton ! La cravache d’or, c’est tout un contexte qui fait qu’on peut l’obtenir. Etant absent quatre mois de l’année, il m’est difficile de me fixer cet objectif. Ma priorité reste les grandes courses, en France et à l’étranger. Avec mon agent, Helen Barbe (NDLR : Elle accompagne Christophe Lemaire depuis ses débuts), nous faisons en sorte que je puisse monter les meilleurs chevaux dans les plus grandes épreuves. JFP : Que de chemin parcouru depuis le temps où vous montiez en gentleman, Christophe ! Il ne doit pas y avoir beaucoup d’exemples comme le vôtre ? CL : Assurément. Je suis fier de ce que j’ai accompli, tout en restant égal à moi-même et en m’efforçant de garder une certaine humilité car de nombreuses personnes sont intervenues dans ma carrière, afin que je gravisse un à un les échelons. Je ne les oublie pas, je pense souvent à eux avec une tendresse particulière pour le regretté Maurice Zilber, qui aurait été très fier de ce qui m’arrive. JFP : Peut-on dire que c’est Maurice Zilber qui vous a lancé ? CL : Oui, il y a largement contribué. Au niveau des courses de Groupe, c’est effectivement lui qui m’a régulièrement fourni l’occasion de m’y distinguer. Notamment sous la casaque du Prince Abdullah. Par ailleurs, je considère aussi ma réussite comme une récompense des sacrifices consentis par ma famille (NDLR : Christophe est marié, avec deux enfants) qui fermait les yeux sur mes nombreuses absences. JFP : Votre famille est composée de gens de cheval, avec un père et un beau-père anciens jockeys, ce qui doit quand même faciliter la compréhension ! CL : Certes, mais il faut tout de même accepter de ne pas avoir une vie de famille « normale », au sens ou l’entendent les autres couples. JFP : Votre grande force, Christophe, est-ce d’avoir la tête froide… de ne jamais l’avoir senti exploser dans l’euphorie des grands succès, comme ceux de ce printemps, par exemple ? CL : J’ai la chance d’avoir un entourage qui est attentif à ce genre de choses. Je pense que si un jour je devais quelque peu dévier, il saurait très vite me recadrer. Mais, de nature, je suis quelqu’un qui a la tête sur les épaules. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui tout va bien qu’il en sera de même demain. Je prends les choses comme elles viennent, j’essaye de rester concentré sur mon métier, j’adore ce que je fais et que ça dure le plus longtemps possible… voilà ! JFP : Les grands moments de votre carrière, enfin, ceux qui vous ont le plus marqué… quels sont-ils ? CL : Il y a deux moments qui ont été très forts : mon premier Groupe I avec Vespone qui, d’ailleurs, réussit fort bien sa nouvelle carrière d’étalon. Cette victoire, je l’ai ressentie comme un grand plaisir personnel car j’avais réussi à concrétiser un rêve de toujours : gagner une classique une fois dans ma vie ! Ensuite, ce fut le Prix de Diane de Divine Proportions. Là, nous étions plus dans le partage avec toute une équipe. C’était l’avènement d’une vraie championne et un jour vraiment magnifique. JFP : Justement, comment allez-vous concilier le contrat Niarchos avec votre nouvel engagement ? CL : Les règles sont bien établies. Les Niarchos et le Prince Aga Khan dont de vrais sportsmen, très compréhensifs, et à partir du moment où les règles sont respectées à la base, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas. Helen Barbe s’occupe de la coordination en prévenant les entourages à l’avance et ainsi, tout devrait bien se passer. JFP : Je ne dirai pas que l’entourage du Prince Aga Khan vous est familier mais il ne vous est pas étranger puisque vous avez déjà porté cette casaque, ne serait-ce que chez Jean-Claude Rouget. CL : Oui, bien sûr. D’autre part, j’ai déjà travaillé avec Alain de Royer-Dupré (Christophe fut le jockey de la merveilleuse Pride) et je crois que nous avons une mutuelle estime l’un pour l’autre. Cela devrait normalement faciliter mon insertion dans l’écurie. Ensuite, il faudra travailler et encore travailler, dans l’espoir de tomber sur des cracks, comme nous en avons vu ces dernières années. C’est évidemment tout le mal qu’on souhaite au nouvel « homme en vert » qui, déjà, doit regarder de très près les deux ans de son futur employeur, quand ils entrent en piste. Il paraît qu’il y en a de très bons. NB : Interview parue dans Tiercé Magazine, sous ma signature. |


